Henri LANGLOIS

Un cousin célèbre, Henri LANGLOIS

Henri LANGLOIS

Henri LANGLOIS 1914-1977

Enfin, peut-être pas si célèbre que ça... Henri LANGLOIS est surtout connu des cinéphiles : il a été un des fondateurs de la Cinémathèque Française, en 1936, et il en est resté la figure emblématique et le principal animateur pendant 40 ans, jusqu'à sa mort début 1977.

En 2014, de nombreux articles ont été publiés sur Henri LANGLOIS, à l’occasion du centenaire de sa naissance. Certains ont signalé que son grand-père était originaire de l’Anjou, ce qui m’a mis sur la piste de sa parenté avec les MERCIER du Lion-d’Angers.

Du Lion-d'Angers à la Cinémathèque Française

Pour préciser la parenté entre les MERCIER et le fondateur de la Cinémathèque Française, nous allons nous intéresser à la descendance de Louise MERCIER, une des quatre sœurs du dernier aubergiste du Lion-d’Angers, François III MERCIER.

Les sœurs du dernier aubergiste

Fin 1787, Louise MERCIER a épousé Ferdinand LANGLOIS, un chirurgien. Au XVIIIe siècle, c'était une sorte d'intermédiaire entre infirmier et médecin, bien différent du spécialiste hautement qualifié d’aujourd’hui. Les chirurgiens représentaient l’essentiel du personnel médical de l’ancien régime : à la veille de la Révolution, la France en comptait dix fois plus que de médecins (mais comme le disait Montesquieu Ce ne sont pas les médecins qui nous manquent, c'est la médecine).

Le couple n’a eu qu’un enfant, né seulement 7 semaines après la célébration du mariage, et prénommé Ferdinand comme son père. Sa descendance nous mène jusqu'à Henri LANGLOIS, le héros de cette page, comme le montre le schéma suivant :

° = naissance, x = mariage, + = décès

Ferdinand LANGLOIS
° 9.8.1759 Angers
+ 8.3.1794 Angers
Chirurgien
Louise MERCIER
° 15.6.1768 Le Lion-d'Angers
+ 8.12.1818 Angers
Marchande
x 4.12.1787 Le Lion-d'Angers
Ferdinand Édouard LANGLOIS
° 20.1.1788 Le Lion-d'Angers
+ 10.5.1858 Angers
Militaire, Huissier
Thérèse Marie LEMONIER
° 4.2.1791 Angers
+ 18.9.1834 Angers
Marchande
x 19.3.1813 Angers
Gustave I LANGLOIS
° 29.7.1814 Château-Gontier
+ 4.1.1874 Seiches-sur-le-Loir
Marchand
Marie Antoinette LAUMONIER
° 4.3.1820 Beaufort-en-Vallée
+ 6.12.1847 Saumur
 
x 26.9.1841 Beaufort-en-Vallée
Henri I LANGLOIS
° 14.8.1846 Saumur
+ 12.9.1896 Smyrne
Représentant service télégraphique
Catherine DELENDA
° 1858
 
 
x -
Gustave II LANGLOIS
° 05.1.1880 Port Saïd
+ 17.3.1943 Paris-XVIIème
Journaliste, Agent de fabriques
Anne Louise BRAGGIOTTI
° 10.4.1884 Smyrne
+ 15.9.1955 Paris-VIIIème
 
x 10.9.1913 Smyrne
Henri LANGLOIS
° 13.11.1914 Smyrne
+ 13.1.1977 Paris-XIVème
Secrétaire général de la Cinémathèque Française

Une famille voyageuse

Les ancêtres d’Henri LANGLOIS ont suivi un parcours original, puisque pour relier le Lion-d'Angers à Paris, ils sont passés par l’Égypte et la Turquie.

L’Anjou

Jusqu'au grand-père du fondateur de la Cinémathèque, Henri Ier LANGLOIS (1846-1896), tous les membres de la famille ont vécu en Anjou.

En remontant l’ascendance de l’époux de Louise MERCIER, le chirurgien, on trouve, chez les LANGLOIS, un père marchand chamoiseur qui apprête les peaux pour les rendre souples comme des peaux de chamois, un grand-père marchand mégissier qui apprête des peaux de chèvre, de mouton ou d'autres peaux délicates destinées à la chaussure, la ganterie ou l'habillement, les deux exerçant à Angers, et un arrière grand-père marchand hôtelier à Morannes commune du Maine-et-Loire, à une trentaine de km au nord d'Angers.

Du côté de la descendance du chirurgien, son fils Ferdinand Édouard était huissier-audiencier à Angers, après un passage par l’armée napoléonienne. Le petit-fils, Gustave I, était marchand de nouveautés à Saumur marchand de nouveautés – selon Littré – : celui qui fait particulièrement métier de vendre des étoffes pour femmes, la mercerie, les rubans, la lingerie et tout ce qui concerne la toilette des femmes. C’est l’arrière petit-fils, Henri Ier, qui s’est expatrié loin de son Anjou natal, comme l’expliquent les paragraphes suivants.

L’Égypte

Le canal de Suez, inauguré en 1869, a été réalisé à l'initiative d'entrepreneurs français, et son fonctionnement s'est longtemps appuyé sur des cadres et employés français. L'exploitation du canal a entrainé le développement de villes le long de celui-ci : préexistante comme Suez, côté Mer Rouge, nouvelles comme Port-Saïd, côté Méditerranée, ou Ismaïlia, à mi-parcours. Leur croissance a attiré d'autres français pour y assurer divers services.

Le grand-père du fondateur de la Cinémathèque, Henri Ier LANGLOIS, a fait partie de ces expatriés. Il s'est installé à Port-Saïd probablement à la fin des années 1870 : en 1878, il apparait comme témoin dans deux actes de mariage de l'état civil consulaire de Port-Saïd. La profession qui lui est attribuée dans ces actes est employé de commerce, le 4 février, et caissier à la Compagnie Péninsulaire, le 9 octobre.

Puisque son fils Gustave est né à Port-Saïd début 1880, c'est qu'Henri Ier LANGLOIS s’est marié avant, mais le lieu et la date du mariage restent à trouver. Son épouse, Catherine DELENDA, était la sœur d'un employé du consulat de France à Port-Saïd. Les DELENDA étaient des Grecs, originaires de Santorin, une île de la mer Égée. Leur particularité était d'appartenir à une minorité, les catholiques, au sein d'une Grèce orthodoxe. Ceci s'explique par l'origine catalane de la famille, même si celle-ci est lointaine, puisque les DELENDA étaient établis à Santorin dès le milieu du XVIe siècle.

La Turquie

Le titre de ce paragraphe doit être compris dans un sens géographique, et non politique ; la Turquie en tant qu’état n’existe que depuis 1923.

Quelque part entre 1880 et 1896, les LANGLOIS se sont installés à Smyrne (Izmir en turc), sur la côte d'Asie Mineure ; Smyrne était le principal port de l'empire ottoman et sa ville la plus peuplée après Istanbul. En passant de l’Égypte à la Turquie, la famille LANGLOIS ne faisait que se déplacer dans l’empire ottoman : à cette époque, l’Égypte en faisait encore partie, en principe, même si dans les faits elle se comportait déjà comme un état indépendant.

Les communautés de Smyrne

L'empire ottoman rassemblait des communautés diverses, qu'il gérait en fonction de leurs religions. Il distinguait deux grandes catégories, les musulmans et les non-musulmans, ces derniers devant s'acquitter d'un impôt supplémentaire.

À Smyrne, la population ottomane se répartissait en Turcs (musulmans), Juifs, Grecs (orthodoxes), et Arméniens (apostoliques ou catholiques). Les communautés vivaient côte à côte, chacune dans son quartier. Des tensions existaient entre elles, qui dégénéraient parfois en affrontements. Les plus graves eurent lieu à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe, avec des massacres de milliers de chrétiens (Grecs essentiellement) en 1770, 1797 et 1821. Le reste du XIXe siècle et les premières années du XXe siècle ont été épargnés par des violences d’une telle ampleur. Le gouverneur de la province de Smyrne a même réussi à éviter que la communauté arménienne de Smyrne subisse le sort du reste des Arméniens de l’empire ottoman en 1915-1916.

Ce qui faisait de Smyrne une ville à part dans l'empire ottoman, c’était l’importance numérique et économique de la communauté européenne qui s’y trouvait à côté des populations ottomanes. Cette communauté bénéficiait sur les plans fiscaux et juridiques d’accords entre l’empire ottoman et les nations occidentales, destinés à faciliter le commerce entre l'Orient et l'Occident. Pour assurer la bonne application de ces accords, les nations occidentales étaient représentées sur place par des consuls. Ce système était ancien : dès 1630, des consuls vénitien, hollandais, anglais et français étaient établis à Smyrne.

Les derniers chiffres disponibles avant la disparition de la Smyrne ottomane donnent, pour une population totale de l'ordre de 400 000 habitants, la répartition suivante :

Citons quelques représentants de ces communautés qui ont fait carrière en France : les parents d'Agnès VARDA sont issus de la communauté grecque ; Édouard BALLLADUR est issu de la communauté arménienne et Dario MORENO de la communauté juive.

Les LANGLOIS à Smyrne

Pour retracer la vie d'Henri Ier LANGLOIS, on ne dispose que de son acte de naissance, de son acte de décès et de l'acte de naissance de son fils. En 1880, lors de la naissance de son fils à Port-Saïd, il est employé de commerce ; en 1896, quand il décède à Smyrne, il est devenu représentant à Smyrne du service télégraphique de l'agence nationale. L’édition de 1896 de l’Indicateur des professions commerciales et industrielles de Smyrne apporte quelques précisions sur son poste :

Agence Nationale Service Télégraphique – Renseignements politiques, financiers et commerciaux. Le bulletin est publié tous les matins ; excepté le Dimanche. Directeur à Smyrne Henri Langlois.

Restent à trouver la date à laquelle Henri Ier LANGLOIS a changé de métier et celle de son arrivée à Smyrne. Il faut noter qu'en 1896 Joseph DELENDA, le beau-frère d'Henri LANGLOIS, était vice-consul chancelier au consulat de France de Smyrne. On est tenté de penser que la nomination de Joseph DELENDA à Smyrne et l'arrivée de son beau-frère dans cette même ville sont liées.

Le fils d’Henri Ier, Gustave II LANGLOIS, suit la voie dans laquelle son père s'était engagé : il devient journaliste à Smyrne (il y paraissait plusieurs titres de langue française).

En 1913, Gustave II se marie avec Anne Louise BRAGGIOTTI. Les BRAGGIOTTI étaient des Grecs catholiques, comme les DELENDA ; de lointaine origine italienne, la famille s'était établie sur l'île de Chios entre le XVe et le XVIIe siècle, puis avait émigré à Smyrne au début du XIXe siècle. Pour compléter sa dimension cosmopolite, la branche dont était issue l'épouse de Gustave LANGLOIS avait fait un détour par les États-Unis d’Amérique dans la première moitié du XIXe siècle, si bien qu’Anne Louise BRAGGIOTTI était citoyenne des USA.

En 1914, nait Henri LANGLOIS, le premier enfant de Gustave LANGLOIS et d’Anne Louise BRAGGIOTTI, futur fondateur et animateur de la Cinémathèque Française. Au moment de la naissance d'Henri, son père était déjà mobilisé en France ; il ne reviendra à Smyrne qu'en 1919.

La fin de Smyrne

À l'issue de la première guerre mondiale, l'Empire ottoman, qui s'était allié aux Austro-Hongrois et aux Allemands, se trouve dans le camp des vaincus. Il est démembré : ses territoires arabes (Syrie, Palestine, Liban, Irak, Arabie) sont placés sous mandats britanniques et français ; la côte égéenne est occupée par les Grecs et les Italiens. Les nationalistes turcs, dirigés par Mustafa Kemal, entrent en rébellion contre le pouvoir impérial ottoman qui avait signé les traités entérinant cette situation. Ils mettent en place en 1919 un gouvernement provisoire qui siège à Ankara.

En août 1922, l’armée grecque, arrivée à moins de cent kilomètres d’Ankara, est battue par les troupes de Mustafa Kemal et reflue vers Smyrne. Des dizaines de milliers de réfugiés Grecs et Arméniens fuyant l’avancée des troupes turques viennent grossir la population de Smyrne, et s’ajoutent aux chiffres donnés plus haut. Le 8 septembre 1922, l'évacuation de Smyrne par les troupes grecques se termine, suivie, le 9, par l'entrée des troupes turques. Le 10 septembre débutent des massacres de Grecs et d'Arméniens. Le 13 septembre commence un incendie qui se poursuit jusqu'au 16 septembre et détruit les quartiers arméniens, grecs et européens (les jours précédents le vent aurait poussé l'incendie vers le quartier turc, mais le 13 le vent avait tourné).

Dans les jours qui suivent, les Grecs et Arméniens restants sont expulsés. Les femmes, les enfants et les vieillards sont évacués vers d’autres pays par voie maritime. Les hommes sont envoyés vers l’intérieur des terres, théoriquement pour reconstruire les villages détruits par l’armée grecque : 99% d’entre eux ne sont jamais réapparus. Quant à la communauté occidentale, la grande majorité fuit Smyrne. Au total, c'est la moitié de la population de la ville qui disparait. Smyrne la cosmopolite est remplacée par Izmir la turque.

Retour en France

Les alliés avaient envoyé des navires de guerre sur place, mais, comme ils cherchaient à normaliser leurs relations avec les nationalistes turcs, ils ont limité leur intervention à l'évacuation des ressortissants des nations européennes.

1922 l'incendie de Smyrne

L'incendie de Smyrne vu de la rade

La famille LANGLOIS s'est ainsi retrouvée sur un navire de la marine nationale, dans la rade du port de Smyrne. C’est de là qu’Henri LANGLOIS, âgé de 7 ans, voit bruler sa ville natale. Plus tard, Henri LANGLOIS a raconté qu’à l'adolescence, il a souvent fait le même rêve : Je rêvais que j'étais dans une ville, et que cette ville était attaquée. Et alors, pendant que les gens se battaient, moi je me disais qu'il faudrait sauver les trésors de la ville, et alors je remplissais une espèce de charrette avec des trésors, et puis j'essayais de foutre le camp avec ces trésors pour essayer de les sauver.

C'est donc en septembre 1922 que la famille LANGLOIS quitte Smyrne. Elle est rapatriée en France et s'installe à Paris. Gustave, le père de famille, est alors âgé de quarante-deux ans. Après plusieurs emplois de fortune, il trouve une place comme représentant d'un fabricant d'équipements ferroviaires. Il semble avoir bien réussi dans cette profession, puisqu'il a pu s'acheter un appartement rue Troyon, à côté de la place de l'Étoile, où il est décédé en 1943, à l'âge de 63 ans.

Henri LANGLOIS et la Cinémathèque Française

Les débuts

En 1933, Henri LANGLOIS, après avoir échoué au baccalauréat, trouve un emploi chez un imprimeur. Il y rencontre un autre jeune homme passionné de cinéma, Georges FRANJU, qui passera de cinéphile à cinéaste après la seconde guerre mondiale. Fin 1935, Henri LANGLOIS et Georges FRANJU fondent un ciné-club dédié aux films muets, menacés d’oubli par l’avènement du parlant.

Henri LANGLOIS et Georges FRANJU vers 1935
de g. à dr. Henri LANGLOIS et Georges FRANJU, vers 1935

En 1935 et 1936, Henri LANGLOIS place quelques articles dans La cinématographie française, un hebdomadaire professionnel ; il y aborde en particulier la question de la préservation du patrimoine cinématographique. Le président directeur général de cette publication s’appelle Paul-Auguste HARLÉ ; on va le retrouver parmi les fondateurs de la Cinémathèque.

La Cinémathèque Française est enregistrée comme association loi 1901 le 9 septembre 1936. Elle se donne pour objet de rechercher et conserver des copies des films tournés dans le monde entier depuis l’origine du cinéma, ainsi que les documents y ayant trait (photographies, articles, livres, manuscrits, maquettes de décor, partitions musicales, etc.), et de favoriser la diffusion de ces documents et films à seul titre artistique ou pédagogique et sans aucun but lucratif.

L’équipe initiale était constituée de Paul-Auguste HARLÉ, 44 ans, président, assisté par deux secrétaires généraux, Henri LANGLOIS, 21 ans, et Georges FRANJU, 24 ans, et un archiviste, Jean MITRY, 31 ans. Bien qu’étant le benjamin de cette équipe, Henri LANGLOIS va rapidement en devenir le principal acteur.

Le développement

Le fonds « film » de la Cinémathèque passe de la dizaine d’œuvres initiale à plusieurs milliers en dix ans (il totalise environ 50 000 films aujourd’hui). Le fonds « non-film » est constitué d'objets et de documents ayant trait à l’histoire du cinéma : scénarios, affiches, photographies, maquettes de décors, appareils, costumes ou dessins… qu'Henri LANGLOIS recueille également. Il a su rapidement faire participer à ses travaux de collecte les grands créateurs du cinéma, en commençant par Louis Lumière et Georges Méliès, permettant à la Cinémathèque de se constituer l’une des archives les plus riches dans le monde.

Après avoir occupé divers locaux aux capacités limitées (avenue de Messine dans le 8ème puis rue d’Ulm dans le 5ème), la Cinémathèque s’installe en 1963 dans une aile du Palais de Chaillot, grâce à l’appui d’André MALRAUX, ministre de la culture. Elle y restera jusqu'en février 2005. Le musée du cinéma s'ajoute à la salle de projection, en juin 1972, pour présenter le fonds « non-film ».

Si Henri LANGLOIS a fait preuve de génie dans la collecte, la programmation et la muséographie, c’était par contre un gestionnaire très approximatif. Le problème, c’était qu’il considérait la Cinémathèque comme sa chose, et refusait d’en partager la gestion avec des personnes plus capables. Ceci va entrainer des difficultés dans ses relations avec l’État.

Les relations avec l'État

André MALRAUX et Henri LANGLOIS

André MALRAUX et Henri LANGLOIS
inaugurant une exposition

Quand, en 1936, quelques passionnés créent la Cinémathèque française, il n’existe alors aucune structure étatique chargée du cinéma. Les choses vont commencer à évoluer en juillet 1939, avec la création d'un Service du Cinéma dépendant du Commissariat Général à l'Information, qui devient en mai 1942 la Direction Générale du Cinéma. En octobre 1946, la Direction du Cinéma est remplacée, avec des missions élargies, par le Centre National de la Cinématographie (CNC) ; ce dernier est rattaché en 1959 au ministère de la culture, qui venait d'être créé.

De son côté, la Cinémathèque est une association privée, qui n'a vécu que de cotisations et de dons dans ses premières années. Mais son développement coûtait cher et Henri LANGLOIS a cherché rapidement à obtenir des subventions des pouvoirs publics. Il lui faut attendre 1943 pour en obtenir : la Direction du Cinéma, qui venait d'être créée par le gouvernement de Vichy, met alors une partie des locaux qu'elle occupe au 8 avenue de Messine à la disposition de la Cinémathèque Française et lui alloue une première subvention. La Libération ne remet pas en cause ces dispositions, et l'aide financière des pouvoirs publics est régulièrement augmentée. La contradiction fondamentale de la Cinémathèque Française est dès lors évidente, elle est et veut demeurer une association privée, mais une part croissante, et vite essentielle, de son fonctionnement est assurée par des deniers publics. Avec la montée en puissance du CNC, un climat de rivalité et de suspicion se développe entre les organismes étatiques et la Cinémathèque. Dans les années 60, des projets sont élaborés pour confier la partie conservation des films au CNC et ne laisser à la Cinémathèque que l'organisation des projections. Henri LANGLOIS ne veut pas en entendre parler.

En 1967, l'inspection générale des finances déclare la gestion personnelle de M. Langlois absolument incompatible avec la dimension prise par l'institution et avec l'importance de l'engagement financier et moral de l'État. De début février à fin avril 1968, se déroule l'affaire Langlois, une tentative du ministère de la culture d'évincer Henri LANGLOIS. Il conserve finalement sa place, après avoir démontré beaucoup d'habileté pour trouver des soutiens.

Aujourd'hui la Cinémathèque Française est toujours une association de droit privé (loi 1901), mais elle est financée et contrôlée par l'État.

Les derniers honneurs

Henri LANGLOIS avait tissé des relations dans le monde entier, qu’il s’agisse des responsables de cinémathèques étrangères ou de l’élite des metteurs en scène et producteurs. Cette dimension internationale est démontrée par l’Oscar d’honneur qu’il a reçu le 2 avril 1974, à Hollywood, For his devotion to the art of film, his massive contributions in preserving its past and his unswerving faith in its future. C'était la première fois qu'un responsable d'une cinémathèque obtenait une aussi haute distinction.

1974 remise de l'Oscar
Hollywood, le 2 avril 1974, remise de l'Oscar d'honneur
de g. à dr. Gene KELLY, Henri LANGLOIS, Jack VALENTI (président Motion Picture Association of America)

Le décès

Personne n'imaginait que la mort le guettait et pourtant… Henri n'avait aucune hygiène de vie. Il fumait beaucoup et mangeait énormément, sans retenue et sans discernement. Il dormait peu et passait plus de quinze heures par jour assis à visionner des films ou composer des programmations. (un collaborateur)

Dans la nuit du 12 au 13 janvier 1977, Langlois travaille chez lui à des projets de programmation, quand il est terrassé par une crise cardiaque. Il avait 62 ans.