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Les MERCIER de Craon

Cette page prend la suite de celle sur « Les MERCIER du Lion-d’Angers »: entre 1822 et 1832, mes ascendants MERCIER ont quitté le Lion-d’Angers (Maine-et-Loire), où la présence de la famille était attestée depuis les années 1630, pour s’installer à Craon (Mayenne), ville située à une trentaine de kilomètres plus au nord.

Carte situant Craon et le Lion-d'Angers

Les MERCIER partis à Craon

Les personnes concernées sont François III MERCIER (1769-1840), le dernier aubergiste de la famille, les deux enfants de son premier mariage avec Anne BERTRON (1775-1809), ainsi que sa seconde épouse, Marie Anne CAILLAUD (1779-1856), et les deux enfants de ce deuxième lit (plus précisément les enfants restés en vie, car pour chacun des mariages, deux autres enfants étaient morts en bas âge).

Tableau des femmes et enfants de l'aubergiste

Portrait de François Mercier le pharmacien

François IV MERCIER (1798-1887)
le pharmacien, en 1832

Toutefois, le personnage central dans l'histoire familiale à Craon n'est pas François III MERCIER, l'aubergiste, mais son fils, François IV MERCIER, le pharmacien.

Celui-ci domine la période d'abord par sa longévité: il a vécu à Craon pendant 65 ans, de 1822 à 1887, année de son décès, à 89 ans. Ensuite il a joué un rôle primordial dans la vie de mes arrière grands-parents: c'est lui qui a élevé sa petite fille, mon arrière-grand-mère Stéphanie de BÉRÜE (1852-1935). Ce grand-père qui remplaçait les parents est devenu l'exemple à suivre pour Stéphanie. Elle a réussi à convaincre son époux, mon arrière-grand-père Paul DUPLAN (1848-1920), de devenir pharmacien pour reprendre l'officine du grand-père. Pour atteindre cet objectif, Paul a été stagiaire chez François MERCIER pendant 3 ans puis a étudié la pharmacie à Angers pendant 3 autres années. Dès le début de cette période de formation, Stéphanie est revenue habiter chez son grand-père ; en conséquence, mon propre grand-père, Francis DUPLAN, a vécu chez François IV, son arrière-grand-père, à partir de l'âge d'un an et il en avait onze quand ce dernier est mort. Ainsi, le choix qu'avait fait François IV du métier de pharmacien a été repris par mon arrière-grand-père et a donné une orientation médicale à la famille (on trouve au moins cinq médecins dans les descendants de Paul Duplan).

Le calendrier de l'installation

Anne BERTRON (1775-1809) étant originaire de Craon, les relations familiales et les héritages du côté maternel expliquent l'installation dans cette ville de ses fils, François IV (1798-1887), mon ancêtre, et son frère Henri (1802-1856).

Le premier arrivé à Craon semble être mon ancêtre François IV MERCIER. La publication des bans de son mariage permet de préciser la période :

L'an mil huit cent vingt deux le dimanche dix novembre, à midi.

Nous adjoint soussigné et délégué par le Maire et officier public de l'état civil de la ville et commune d'Angers, département de Maine et Loire, chevalier des ordres royaux de Saint Louis et de la Légion d'Honneur, avons publié, pour la première fois, devant la porte principale d'entrée de cette mairie, qu'il y a promesse de mariage entre le sieur François MERCIER, âgé de vingt-quatre ans deux mois, né au Lion d'Angers, en ce département, pharmacien, demeurant à Craon, département de la Mayenne, depuis environ quatre mois, et avant au dit Lion d'Angers, fils majeur du sr François MERCIER, aubergiste, audit Lion d'Angers; et de feue dame Anne Bertron y décédée, d'une part […]

François IV s’est donc installé à Craon environ 4 mois avant le 10 novembre 1822, c’est-à-dire en juillet 1822.

Les domiciles indiqués dans divers actes apportent quelques informations sur la suite du passage de la famille MERCIER du Lion-d’Angers à Craon :

Suite à ce décès, une déclaration de succession est enregistrée le 22 mai 1841; en particulier, elle récapitule les enfants vivants et leurs domiciles :

Tout ceci confirme que l’ensemble de la famille est installé à Craon, comme quelques actes ultérieurs le montrent également :

Par ailleurs, la sœur aînée de François III, Françoise (1767-1841), veuve de Dominique GODIVIER depuis 1813, est également décédée à Craon, le 31 janvier 1841. Venant de Château-Gontier, elle s'était installée à Craon pour y retrouver sa plus jeune fille, Mélanie, qui y vivait depuis 1827, suite à son mariage avec un négociant craonnais, Henri DENIS.

Le mariage de François le pharmacien

Le 28 novembre 1822, à Angers, François IV MERCIER (24 ans), a épousé Désirée URSEAU (26 ans). Désirée URSEAU était originaire de Saint-Georges-sur-Loire (18 km à l'ouest d'Angers), issue d’une famille dont la position sociale apparait inférieure à celle des MERCIER. La naissance du premier enfant avant le mariage (cf. paragraphe suivant) et l’absence de trace d’une dot significative confirme que ce n’est pas un mariage arrangé entre familles du même milieu.

Les enfants de François le pharmacien

François IV MERCIER et Désirée URSEAU ont eu cinq enfants :

  1. François Paul Érasme, né le 28 avril 1822 à Paris-Ier (75), décédé le 9 novembre 1822 à Angers, à l'âge de 6 mois;
  2. François Érasme, né le 8 décembre 1823 et  décédé le 29 août 1824 à Craon, à l'âge de 9 mois;
  3. François Henri Érasme, né le 20 août 1825 à Craon, voyageur de commerce, marié le 16 août 1852 à Craon avec Anne REISER, décédé le 17 juin 1868 à Paris-Xème, à l'âge de 42 ans;
  4. Ernest Alfred, né le 20 août 1827 à Craon, décédé le 23 décembre 1878 à Lyon, à l'âge de 51 ans;
  5. Amélie Mathilde, née le 10 mai 1831 à Craon, mariée le 9 mai 1848 à Craon avec Edme de BÉRÜE, décédée le 13 février 1869 à Paris-XVIIIème, à l'âge de 37 ans.

Quand François IV est décédé en 1887, tous ses enfants étaient déjà morts ; les deux fils qui avaient atteint l'âge adulte n'avaient pas laissé d'enfants, et sa seule héritière étaient sa petite fille, Stéphanie de BÉRÜE, mon arrière-grand-mère.

Les trois François Érasme

Comme indiqué plus haut, les trois premiers enfants de François IV MERCIER et de Désirée URSEAU ont été des garçons, tous trois prénommés François Érasme, la mort en bas âge de l’un libérant les prénoms pour le suivant. François était le prénom traditionnel des fils aînés dans cette branche de la famille MERCIER, mais l'ajout d’Érasme est plus étonnant : ce n’est ni le prénom du parrain, ni celui d’un membre de la famille proche. La seule explication que je peux proposer pour ce choix est qu'il constitue un hommage de François IV, dont la vie s'était jusqu'alors déroulée au milieu des affrontements politiques du début du XIXe, au philosophe de la Renaissance, militant de la liberté, de la tolérance et de la paix.

Les deux morts en bas âge

Je n’ai découvert que tardivement la brève existence (avril-novembre 1822) du premier François Érasme, car il est né et décédé avant le mariage de ses parents (des gens qui avaient l’air si convenables sur leurs portraits !). De plus il est né à Paris et mort à Angers, alors que je n’avais cherché les enfants du couple qu’à Craon. C’est en suivant la piste du frère aîné de Désirée que j’ai découvert que celui-ci s’était installé à Paris, où il était gardien au musée du Louvre, et que Désirée était allée accoucher discrètement chez lui en avril 1822.

Baptême du 1er François Érasme

L’enfant est décédé en novembre de la même année, au domicile de sa mère à Angers, 19 jours avant le mariage de ses parents.

Le second François Érasme est né et mort à Craon (décembre 1823 – août 1824); avec l'enfant qui l'a précédé, il illustre l’importance de la mortalité infantile à l’époque, toutes classes sociales confondues.

Le troisième François Érasme

Premier enfant ayant passé le cap de la petite enfance, il est devenu l'aîné de la fratrie. Son prénom usuel était Érasme. Il est resté très proche de ses parents; il partageait leur domicile et contribuait aux finances familiales. Une page séparée lui est consacrée, car il a subi des mesures politiques de sûreté et son dossier apporte des informations sur la famille MERCIER :

Érasme MERCIER

Le quatrième fils

Ernest était étudiant en pharmacie en 1852, selon l'acte de mariage de son frère Érasme, et médecin à Paris en 1868, selon l'acte de décès de ce même frère. On le retrouve toujours médecin fin 1878, à Lyon, où il décède, célibataire et sans postérité.

Alors que l'aîné était resté proche de ses parents, par contre, le cadet semble avoir perdu le contact. Dans la déclaration de succession de sa mère, Désirée URSEAU, datée du 8 janvier 1868, il est indiqué comme sans résidence connue.

Mon aïeule Amélie

Après quatre garçons, le dernier enfant du couple a été une fille. Son histoire fait l'objet d'une page séparée, pour deux raisons : c'est un ascendant direct, et elle a mené une vie très différente de celle qu'on attendrait de la fille d'un petit notable de province.

Amélie MERCIER, épouse de BÉRÜE

Pharmacien et conseiller municipal

L'orientation politique de mes ancêtres MERCIER semble à l'opposé de celle de leurs cousins royalistes de la branche de MERCIER-la-VENDÉE. Du côté du père de François IV, une indication évidente des idées politiques est donnée par le choix de Napoléon comme deuxième prénom pour son fils Henri, né en 1802, alors que Napoléon Bonaparte était premier consul (Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte, comme l'a écrit Victor Hugo, autre natif de l'année 1802). Du côté maternel, on retrouve également des traces d'opinions favorables à la révolution: le grand-père, René BERTRON (1745-1805), a été un acheteur de biens confisqués aux émigrés (ce qui s'appelle des biens nationaux de seconde origine, les biens de l'église représentant la première origine); un grand-oncle, Michel FOUCHER (1746-1822), a été membre de l'administration municipale et officier d'état civil de la commune de Craon dans la période 1794-1796; il était également très actif dans les achats de biens nationaux.

Avant d'évoquer les activités de François IV dans la politique locale, il faut rappeler les grandes lignes du fonctionnement des municipalités à l'époque considérée, c'est-à-dire pendant le règne de Louis-Philippe (1830-1848) :

Les archives consultées ne m'ont pas encore permis de retracer l'intégralité de la participation de François MERCIER à la vie municipale, mais les quelques documents présentés ci-dessous en donnent une première idée.

- février 1833 : François MERCIER est proposé pour être maire de Craon. Comme il n'apparait qu'en troisième position, il semble être cité plus comme faire-valoir que comme postulant sérieux ; en effet, la règle imposait au sous-préfet de proposer 3 candidats pour chaque poste à pourvoir, mais le préfet suivait en général l'ordre proposé. En tout cas, cela veut dire que François MERCIER était déjà membre du conseil municipal à cette époque et qu'il était plutôt populaire.

Proposition du sous-préfet en 1833

- juin 1837 : composition du conseil municipal, François MERCIER élu en 7e position sur 23. Le maire et ses adjoints se retrouvent plus loin dans la liste (le maire en 10e position, et ses adjoints en 17e et 20e). À l'époque, ce document était confidentiel, réservé à l'usage de l'administration préfectorale: en effet, il comprend une colonne Catégorie politique répartissant les conseillers en 1re, 2e ou 3e catégorie. Le maire et ses adjoints étant en 1re catégorie, il est aisé de deviner que les autres catégories s'éloignaient de la ligne souhaitée par le pouvoir en place. François MERCIER étant classé en 3e catégorie, il était donc républicain.

Liste des conseillers municipaux en 1837

- septembre 1843 : extrait des délibérations du conseil municipal, François MERCIER y apparait comme premier conseiller sur les 17 présents :

Extrait du registre des délibérations

Dans les années qui suivent, François MERCIER disparait des archives consultées. Ses problèmes financiers, qui sont évoqués dans le paragraphe suivant, sont sans doute à l'origine de l'arrêt de sa carrière municipale, le niveau de fortune étant un critère d'éligibilité.

Ce qu'il faut retenir de ces documents, c'est que François MERCIER a été membre du conseil municipal de Craon pendant plus de 10 ans, et que l'administration de Louis-Philippe classait ses idées politiques comme trop républicaines (voir également la note du maire de Craon au paragraphe sur « Le dossier de recours en grâce », dans la page consacrée à Érasme MERCIER, qui nous informe sur ce qu'on en pensait à la sous-préfecture de Château-Gontier en 1852).

L’évolution du patrimoine des MERCIER

Dans la note de début 1852 déjà évoquée ci-dessus, le maire de Craon nous apprend que la fortune (de François MERCIER le pharmacien) est à la vérité très dérangée.

Une étude approfondie des actes notariés (successions, partages, ventes…) concernant la famille MERCIER au XIXe siècle reste à faire, mais les quelques éléments déjà trouvés confirment l’appréciation du maire de Craon.

Alors que François IV avait débuté sa carrière avec un patrimoine significatif, il n’a laissé que des dettes à mon arrière grand-mère, son unique héritière (le père de celle-ci, Edme de BÉRÜE, n'a pas fait mieux). Je n’ai pas encore reconstitué exactement le patrimoine de départ, mais il comprenait au minimum, et en plus de sa pharmacie, ce qui résultait d’un partage avec son frère, en 1825, suite au décès de leur grand-mère maternelle :

Un acte emblématique de la gestion calamiteuse du couple François MERCIER – Désirée URSEAU est la vente de la métairie de La Bouguélière, en 1848. Le produit de cette vente (40 000 francs [or] de l’époque, équivalent de 400 000 € selon le cours de l'or début mai 2015) était intégralement réservé à une association de 25 créanciers.

François MERCIER n’a cessé de tenir sa pharmacie que début 1884, quand il l’a vendue à Paul DUPLAN, après plus de 61 années d’activité. Alors que son père avait pris sa retraite à 62 ans, il donc dû travailler jusqu’à 86 ans.

Deux autres éléments doivent être compris comme des signes de la situation défavorable des finances de la famille. Il s'agit de décisions d'héritiers, certainement liées aux dettes laissées par François MERCIER :